• Benoît ROSTAND

La grande Histoire de l'Immobilier en France

Dernière mise à jour : juin 21


Avoir un toit, ce n’est pas simplement avoir un abri contre la pluie, le soleil ou le vent. C’est connaître un bien-être protecteur. Avoir un toit, c’est se permettre d’avoir une vie sociale et intime. Avoir un toit, c’est simplement exister.



La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen garantit ce droit au logement. Comme s’il avait encore été nécessaire d’entretenir cette idée pourtant gravée dans le marbre du Préambule de la Constitution Française du 4 octobre 1958, Jean-Louis Borloo sous l’égide du Premier Ministre Dominique de Villepin, érige le droit à un logement opposable décent pour les personnes mal logées ou n’ayant pas les fonds pour pouvoir trouver une habitation, en faisant adopter la loi n°007-209 du 5 mars 2007 (dite loi DALO),


Avoir un toit, c’est choisir d’être locataire ou propriétaire de la douceur d’un foyer. Prendre à bail un logement, ce peut être une alternative économique rentable ou un sentiment de liberté pour ne pas se sentir prisonnier d’un lieu pour déménager à n’importe quel instant ; mais cela peut être également subi, faute des moyens pécuniaires pour acquérir la pierre, ou encore eu égard aux mutations géographiques professionnelles incessantes, comme le vivent notamment les militaires, les fonctionnaires décentralisés et des cadres d’entreprises internationales.


Acheter un logement, c’est se permettre de constituer une épargne forcée, valorisante et réconfortante. Mais, à bien y réfléchir, si en une année, il est plus rentable de devenir propriétaire que locataire au Havre, il faudra plus de treize années à Lyon ou encore plus de quinze années pour un bien équivalent à Paris.


Le Français a inlassablement aimé la pierre. Il y consacre l’essentiel de son épargne pour s’offrir une retraite tranquille avec un toit au-dessus de la tête. Pourtant, la France est un des rares pays européens comptant le moins de propriétaires d’un logement. En 2019, moins de 65% des habitants en possèdent un, contre près de 97% des Roumains ou 88% des Croates.


Les hommes politiques raffolent aussi de la pierre. Ils magnifient ce que cela peut amener dans les Caisses du Trésor depuis toujours. Déjà, le 24 novembre 1798, les parlementaires avaient voté un impôt sur le nombre de fenêtres par bâtiment (heureusement abrogée en 1926 !). C’est la raison pour laquelle certains immeubles présentent des ouvertures en trompe-l’œil, pour échapper à l’imposition et conserver un aspect esthétique correct. D’autres lois, toutes aussi insolites et insolentes, ont vu le jour grâce à l’imagination sans faille de nos politiciens. La France a été l’un des premiers Etats à encadrer drastiquement le foncier, quitte à remettre en question parfois les trois composantes du droit de propriété (usus, abusus et fructus) – sans compter l’encadrement voire le blocage des loyers, permettant par la même occasion d’accélérer le délabrement des bâtiments et la chute du prix de vente des logements ! L’immobilier est, pour nos chers gouvernants, une des variables d’ajustement économique de toute leur politique. Pour le comprendre, il est essentiel de retracer l’histoire de l’immobilier sur ces deux-cents dernières années.



1820-1914 – Les prémices d’un droit immobilier


Au début du XIXe siècle, plusieurs médecins établissent un rapport entre des maladies qui ravagent les métropoles françaises et l’habitat. Entre le manque de luminosité, de renouvellement de l’air, d’absence d’hygiène et l’absence d’entretien des logements, ces derniers deviennent malsains. La peste, le choléra, la prolifération des rats déciment plusieurs quartiers.


Jean-Baptiste Godin, qui lui-même fut ouvrier dès ses 17 ans, fondateur des entreprises de cheminées et poêles à bois éponymes, député social-libéral de l’Aisne en 1871, a conservé le souvenir des terribles conditions de vie des salariés, notamment lorsqu’il fut Compagnon du Devoir entre 1835 et 1837. Acquis aux thèses de Charles Fourier, il décide de lutter contre le paupérisme ouvrier. Il fut le concepteur des familistères. La première étape est l’amélioration des conditions de vie des familles, dans le confort et la salubrité.


Suivant le mouvement, le 13 avril 1850, l’Assemblée Législative de la Seconde République vote, pour la première fois, une loi relative au logement insalubre. Sa définition est restée volontairement imprécise. Si elle transfère aux préfets des compétences en matière de définition d’un habitat indécent pour enclencher une procédure d’expropriation, elle sera essentiellement destinée à transformer la ville en rasant les quartiers en péril, malsains ou intéressants la politique communale.


Encore, une once d’encadrement des loyers permet de corréler la croissance démographique avec les clivages sociaux, une taxation de la rente foncière à laquelle s’ajoute un prélèvement fiscal sur les revenus immobiliers.


Jusqu’en 1914, les loyers, respectueux du marché de l’offre et de la demande, ordonnent le prix de vente des immeubles, même si l’essentiel des mutations se réalise essentiellement au sein d’une même famille à la suite d’un héritage ou entre institutionnels (banques et assurances) pour compenser les pertes et profits de chacun d’entre eux.



1914-1918 – Le blocage des loyers


Un second bouleversement provient de la Première Guerre Mondiale qui a vu 3.780.000 hommes partir au combat dès 1914, pour atteindre une mobilisation de plus de 8.410.000 hommes en 1917, laissant femmes et enfants au foyer. Pour éviter l’indélicatesse d’une poignée de propriétaires malhonnêtes, les parlementaires ont unanimement décidé un moratoire des loyers dès le mois d’août 1914. Le territoire français est alors découpé arbitrairement en plusieurs zones par l’Administration, fixant un loyer maximal au m².


Le blocage des loyers s’est accompagné de règles de maintien dans les lieux favorables aux locataires et à leurs descendants.



1918-1939 – Le manque de courage des hommes politiques


La Grande Guerre étant terminée, aucun homme politique n’ose revenir sur ce blocage. Cette spécificité française du droit au logement ne quittera plus les pensées de l’Exécutif et du Parlement soutenus par les Tribunaux.


Alors que la progression des loyers ne suit plus le coût de la vie, les propriétaires voient leur patrimoine immobilier subir les affres du temps, sans possibilité de procéder à leur entretien, sauf à vendre de gré à gré et à vil prix leur bien, ou de se faire exproprier.


Entre les deux guerres, le rythme de renouvellement des logements baisse de 50% par rapport à la période d’avant 1914 ; la proportion de logements insalubres augmente dramatiquement. Trente-six textes de lois et décrets se succèdent jusqu’en 1939 pour tenter de pallier les effets de ce blocage, en vain.



1939-1945 – La destruction du patrimoine immobilier


La Seconde Guerre Mondiale réduit encore le peu d’immeubles encore sains. Les pilonnages et bombardements détruisent plus de 2.300.000 de logements sur l’ensemble du territoire national.


Pire, le gouvernement de Vichy s’approprie plusieurs terrains ou déclasse les zones constructibles en terrains inconstructibles sans compensation pour des raisons d’Etat... donc sans devoir à en justifier. Des quartiers entiers sont sous le joug de l’Etat collaborateur, jetant à la rue de nombreux citoyens.


Si en 1939, le parc immobilier comptait 13.300.000 de logements pour moins de 42.000.000 habitants, il en reste moins de 11.000.000 logements pour 40.500.000 de Français en 1946. Le rapport passe de 0,32% à 0,27%.


A la fin de la Guerre, moults rescapés se retrouvent sans logis.



1945-1970 – La reconstruction de la France


Aussi, les Français rejoignent les campagnes pour vivre, autant que faire se peut, dans des hangars, des granges ou des maisons désertées. A cet exode rural, s’ajoutent les effets du baby-boom, dont les parents souhaitent des logements plus vastes et, dès les années 1965-70, leurs enfants devenus adultes souhaitent voler de leurs propres ailes. L’inadéquation du parc immobilier devient manifeste.


En outre, les logements ayant été peu ou prou entretenus depuis les années 1914, leur vétusté, insalubrité et dégradations du fait des atrocités des deux Guerres deviennent visibles. Seuls 5% des bâtiments disposent de toutes les commodités, à savoir : l’eau courante, l’électricité, le gaz, le chauffage et le tout-à-l’égout !


Le marché immobilier reste profondément déstructuré. Les solutions politiques demeurent erratiques. Décriée depuis sa promulgation, c’est pourtant la loi n°48-1360 du 1er septembre 1948 qui réintroduit la liberté des loyers ; mais uniquement pour les logements neufs ou complètement rénovés. Il ne fallait pas se mettre à dos les vétérans, les veuves de guerres et les pupilles de la Nation. Etaient ainsi interdites les expulsions de veuves et d’orphelins, et tous héritiers vivant sous le même toit.


Cette même loi qui, ultra favorable aux locataires de vieux immeubles, devant statistiquement selon le Ministre de l’Economie de l’époque s’achever en 1970, profite encore à des milliers de Français en 2021.


Même si cette loi n’était pas parfaite, elle a permis de relancer la construction d’immeubles neufs et la rénovation de logements.


Pendant cette période, il ne faut pas non plus oublier les spectaculaires actions de l’Abbé Pierre, pendant l’hiver 1954, lesquelles ont permis une sorte de nationalisation morale de l’immobilier en France. Cependant, les objectifs ne sont pas à la hauteur de l’enjeu et les sans-abris d’hier restent sans abris aujourd’hui.



1970-1981 – Premières inquiétudes de la politique économique immobilière


Les enfants du baby-boom quittent leurs parents, mais il manque encore de nombreux logements salubres à l’appel. Dès les années 1970, le gouvernement met en place des dispositifs de défiscalisation pour relancer l’investissement locatif, non plus aux promoteurs immobiliers, mais au simple particulier. Cela bénéficie au patrimoine des ménages aisés par un effet d’aubaine. Des projets immobiliers de grande ampleur voient le jour notamment en montagne et sur le littoral. Cette urbanisation incontrôlée porte atteinte au milieu naturel. Les lois dites montagne (n°85-30 du 9 janvier 1985) et littoral (n°86-2 du 3 janvier 1986) ne verront le jour que quinze années plus tard.


Alors Premier Ministre sous le Président Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre constate en 1976 que le système des aides à la pierre est catastrophique pour les finances de l’Etat et contribue pour des milliers de familles à se loger dans les quartiers les plus pauvres et vétustes. Mais sa tentative de jouer cartes sur table est controversée par les lobbyistes immobiliers. L’Etat reste cependant Grand Seigneur et distribue ces aides à la location, l’acquisition ou encore la rénovation de logement.



1981-1990 – Le Président socialiste et les méfaits de la première cohabitation


En 1981, François Mitterrand, premier président socialiste de la Ve République, souhaite réformer le secteur de l’immobilier pour lui permettre de respirer. C’est ainsi que Roger Quilliot régit les relations entre locataires et bailleurs en faisant adopter la loi n°82-526 du 22 juin 1982. Le blocage des loyers réapparaît, brisant à nouveau l’élan du secteur de la construction neuve.


En 1986, à la suite de la première cohabitation, le Premier Ministre républicain Jacques Chirac adopte la loi n°86-1290 du 23 décembre 1986 (dite loi Méhaignerie) permettant de libérer tous les loyers. Le monde de l’immobilier s’en est avantageusement trouvé bouleversé. Les promoteurs et spéculateurs reviennent ; même les promesses de vente de chambre de services, de débarras, d’emplacement de stationnement, d’appartement, de maison, d’hôtel particulier, etc. se vendent en moins de deux jours !


Le Président François Mitterrand gagnant à nouveau les élections fait voter la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 (dite loi Malandain-Mermaz), afin de rétablir le contrôle des loyers et renforce le droit des locataires mauvais-payeurs et des squatters. Le marché de la construction et de l’immobilier en général ralentit à nouveau dès le mois d’octobre 1989.



1990-2000 – La Guerre du Golfe


En août 1990, la guerre du Golfe marque un coup d'arrêt brutal au marché de la construction et de l’immobilier en général. Les établissements bancaires ferment d’un seul coup la vanne des crédits. Les prix de l’immobilier chutent alors de près de 40%. Du jamais vu !


Ce n’est que dans les années 1997 que le prix de l’immobilier retrouve un léger souffle.



2000-2007 – L’inattendue loi SRU


Le 13 décembre 2000, le ministre communiste, Jean-Claude Gayssot, sous l’impulsion du Premier Ministre Lionel Jospin, fait voter la loi n°2000-1208 relative à la solidarité et au renouvellement urbain (dite loi SRU). Loi décousue, elle transforme le droit de l’urbanisme en imposant, dans 80% des communes, la mise à disposition de 20% de logements sociaux, pourcentage monté à 25% par Cécile Duflot avec la loi du 18 janvier 2013. Cela a notamment pour conséquence une nouvelle définition de la politique des bailleurs sociaux…lesquels prennent peur et se désengagent progressivement de leurs investissements à venir, dans la mesure où ils n’arrivent plus à trouver un équilibre budgétaire viable.


Cette loi SRU est également un impôt déguisé : elle oblige non seulement tout contribuable, par le biais des taxes foncière et d’habitation, à financer le logement social, mais encore à tout promoteur immobilier d’augmenter de facto le prix des appartements construits pour financer lesdits logements sociaux qu’il devra néanmoins vendre à perte à un bailleur social.



2007-2008 – L’inquiétante loi DALO


La loi n°2007-290 portant sur le Droit Au Logement Opposable (loi dite DALO) promulguée le 5 mars 2007 met un nouveau coup de poignard à l’immobilier. Cette loi crée le droit au logement opposable. Autrement dit, l’État garantit à chaque citoyen le droit d’habiter un logement décent et se contraint à une obligation de résultat. L’État doit mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour obligatoirement abriter tous les demandeurs ; ce qui, en 2018, représentait encore plus de 141.000 personnes dans l’attente d’un toit. L’impuissance de l’État est manifeste. Près de 3.000 sans-logis sont morts dans les rues en France en 2018. Plus de la moitié des sans domicile fixe, demandant l’application de la loi DALO, n’obtient aucune réponse. Un rapport daté du 12 avril 2019 de l’ONU considère que « la France est bien placée pour parvenir à remplir ses obligations en matière de droits de l’Homme. C’est un pays riche. Le sans-abrisme et le nombre de morts sans-abris ne sont pas acceptables, vu les ressources disponibles ». Le Président Emmanuel Macron promettait, lors d’une allocution tenue le 27 juillet 2017 à la Préfecture du Loiret : « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des hommes et des femmes dans les rues, dans les bois. Je veux partout des hébergements d’urgence ». L’obligation de résultat est loin d’être atteint, même si pour les statisticiens, ces SDF ne représentent que 0,21% de Français. La Fondation Abbé Pierre comptabilisait, en 2018, plus de 3.700.000 de personnes sans domicile ou vivant dans une précarité extrême. Pour celui qui vit dehors, ce chiffre ne compte pas. Le SDF est sans domicile fixe, et non sans difficultés financières. Le SDF aimerait simplement un abri. Pas nécessairement un travail, dans la mesure où, hélas, plus de la moitié des sans abri sont des salariés en quête de logements…


Cette loi DALO a fait fuir les investisseurs institutionnels, comme les banques et assurances, lesquels commencent à vendre leur patrimoine immobilier à la découpe. Pour mémoire, la vente d’un immeuble à la découpe est le fait de diviser un bâtiment en plusieurs lots pour le transformer en copropriété et, ainsi, vendre chaque appartement, cave, chambre de service et emplacement de stationnement à l’unité. Grâce à cette loi DALO, l’Asset Management venu des Etats-Unis, grâce à la banque d’affaires Goldman Sachs, se développe en France dès les années 1995 pour s’amplifier en 1998. Tous les institutionnels s’engouffrent dans cette gestion économique de l’immobilier. Si ces ventes sont désormais encadrées, les investisseurs sont néanmoins revenus pour réaliser des plus-values à très court terme. La Société Générale, le Crédit Agricole, Natexis, Palatine, etc. font leur trésorerie à l’aide de cette nouvelle pensée de l’économie immobilière. Le bon père de famille a disparu. Et c’est Jérôme Kerviel qui l’a signalé aux Français.



2008-2010 – La Crise des Subprimes


En 2008, la crise financière des subprimes américaines fait à nouveau exploser le marché de l’immobilier. Cette crise est une crise immobilière qui a touché l’économie mondiale, dans la mesure où des subprimes sont des crédits immobiliers à taux variables dont la pratique est essentiellement américaine, jusqu’à ce que les agences de notation aient craint, sans raison apparente, que les emprunteurs soient dans l’incapacité de rembourser leurs dettes. Les banques internationales s’appuyant sur d’autres banques en titrisant leurs créances, certaines se sont désengagées créant une panique instantanée sur les marchés boursiers. Les clients de ces banques ont suivi le mouvement en retirant à bref délai leurs épargnes des banques concernées. Les Etats, notamment européens, pour éviter de faire empirer cette crise, ont nationalisé plusieurs établissements bancaires.


Depuis 2010, si l’endettement des Français est à son plus haut niveau, les prix restent à des niveaux records. Les Français s’accrochent à la pierre. Tous les gains de pouvoir d’achat sont absorbés par les charges immobilières. C’est la raison pour laquelle les Français cherchent un toit assuré pour la retraite voire un complément de revenus, l’avenir étant incertain tant d’instabilité politique fiscale nationale et internationale ont été subi les dix dernières années.



2010-2021 – Un immobilier malmené par une avalanche de réformes punitives



1. Encadrement des loyers


Nommée Ministre du Logement et de l’Égalité des Territoires le 16 mai 2012, Cécile Duflot, écologiste apparentée à l’extrême gauche, fait voter la loi n°2014-366 du 24 mars 2014 pour l'Accès au Logement et un Urbanisme Rénové (dite loi ALUR). Sous la Présidence de François Hollande, elle fait revivre la loi du mois d’août 1914… Ce nouvel encadrement des loyers impose la fixation administrative des loyers. Atteint à nouveau par une dissonance entre l’offre et la demande, l’État nationalise le prix des loyers dus aux propriétaires, au détriment de tout raisonnement économique. L’augmentation des loyers sera limitée à l'évolution de l'Indice de Référence des Loyers défini par l’Administration.


En application de ladite loi, Lille et Paris se sont jetés comme un seul homme dans l’aventure. Grâce au décret d’application n°2015-650 du 10 juin 2015, Martine Aubry et Anne Hidalgo y ont cassé leur râtelier. Le 17 octobre 2017, le tribunal administratif de Lille a annulé l’arrêté préfectoral du 16 décembre 2016 pris par la première, jugement confirmé par la Cour administrative d’appel de Douai le 8 juillet 2018 ; le tribunal administratif de Paris a annulé, lors d’une décision rendue le 28 novembre 2017, l’arrêté de la seconde, jugement confirmé par la Cour administrative d’appel de Paris le 26 juin 2018.


Le nouveau ministre du Logement, Julien Denormandie, réitère l’objectif de cet encadrement des loyers en faisant adopter la loi n°2018-1021 portant sur l’Evolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique (dite loi ELAN), en permettant une expérimentation sur cinq ans. La Ville de Paris a franchi immédiatement le pas. Depuis le 1er juillet 2019, les loyers sont encadrés pour tous les contrats de location de locaux, vides ou meublés, à usage d’habitation principale, mixte et mobilité. Ces loyers définis par arrêté préfectoral s’appliquent aux quatre-vingts quartiers de Paris regroupés en quatorze zones, et prennent en compte le nombre de pièces qui composent le logement et la période de construction de l’immeuble.



2. Locations de très courte durée


Parallèlement à l’encadrement des loyers, les ministres successifs s’attaquent aux locations de très courte durée via des plateformes comme airbnb, HomeAway, 9Flats, Windu ou encore FlipKey ! Ces plateformes de locations ne plaisent aucunement ni aux syndicats de l’hôtellerie qui y voient une concurrence déloyale, ni au ministre du budget qui y voit des fraudes fiscales liées à l’absence de déclarations de ces revenus locatifs. Pour pallier cette nouvelle économie souterraine, les pouvoirs publics imposent alors l’obtention d’une autorisation préalable avant toute location d’un appartement meublé de courte durée à des personnes de passage. S’il s’agit d’une résidence secondaire, dès le 1er jour de location, le propriétaire devra obtenir de la mairie l’autorisation de changement d’usage du bien avec une compensation obligatoire sur un autre bien de son patrimoine. Pire, les communes en appellent à la dénonciation des contrevenants par les voisins et les syndics de copropriété !


Encore, sous l’exigence du Maire de Paris, Anne Hidalgo, l’Assemblée Nationale accepte qu’il puisse être procédé à des surtaxations de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires. Ainsi, en 2018, plusieurs métropoles françaises ont augmenté de 5% à 60% la taxe d’habitation sur les résidences secondaires en votant… cette surtaxe d’habitation.



3. Obligation de créer des parcs HLM


Ce n’est pas tout. La loi SRU prévoyait des sanctions contre les municipalités ne respectant pas le taux minimum de logements sociaux. La susnommée ministre Cécile Duflot a alourdi contraintes et sanctions avec sa loi ALUR. Fort de cela, le ministre du Logement, Julien Denormandie a infligé des amendes à plusieurs organismes sociaux : malgré la vacance importante des logements faute de candidats à la location, Territoire Habitat se voit réclamer 96.320 €d’amende pour avoir logé 34 candidats à la location sociale dont les ressources dépassaient les plafonds ; pour les mêmes raisons, Drôme Aménagement Habitat, subit une amende de 42.300 €. Promologis-Toulouse versera 33.130 € pour une infraction identique. La Palme d’Or revient à Domnis, avec une contravention de près de 117.000 €… Comment faire fuir les promoteurs de logements sociaux ?



4. Obligation de réaliser des audits et diagnostics à foison


Les énarques ont l'imagination déborbante :

· Audit sur les ascenseurs existants (obligatoire pour les copropriétés)

· Diagnostic Technique Global (facultatif pour les copropriétés de plus de dix ans)

· Dossier Technique sur l’Amiante (obligatoire pour les ventes et la location, et avant tous travaux sur les bâtiments)

· Etat des risques naturels, miniers et technologiques, et pollution (obligatoire pour les ventes et la location)

· Installation liée à l’assainissement des bâtiments non collectifs (obligatoire pour les ventes)

· Isolation phonique (si présence d’un aéroport),

· Performances Energétiques (obligatoire pour les ventes et la location)

· Plomb dans l’eau (conseillé pour les copropriétés, puisqu’elles en sont responsables)

· Plomb dans les peintures (obligatoire pour les ventes et la location)

· Radon

· Sécurité électrique (obligatoire pour les ventes et la location)

· Sécurité liée à l’installation du gaz (obligatoire pour les ventes et la location)

· Superficie (loi Carrez pour les ventes ou loi Boutin pour les locations)

· Termites et autres insectes xylophages (obligatoire pour les ventes et la location), etc.



5. Obligation de réaliser des travaux tous azimuts


Qui dit audit implique les travaux en conséquence…

· Isolation thermique (loi n°2015-992 du 17 août 2015)

· Mise aux normes des ascenseurs (loi n°2003-590 du 2 juillet 2003)

· Ravalement des façades (tous les dix ans à Paris depuis la loi Malraux)

· Remplacement des compteurs de gaz existants par un compteur intelligent appelé Gazpar

· Remplacement des compteurs électriques existants par un compteur intelligent appelé Linky

· Transformation de son chauffage depuis l’obligation de renoncer au chauffage au fuel et au gaz, etc.



Conclusion 2020-2021


Malgré ces contraintes de plus en plus fortes, les prix de vente des logements explosent dans les grandes métropoles. A Paris, en 2020, les 10.790 €/m² ont été franchis. Pour mémoire, en 2009, le prix d’un appartement parisien s’échangeait à hauteur de 6.380 €/m². Ce marché actuel frénétique est certes favorisé par des taux bancaires très faibles (en juillet 2020, ces taux d’emprunt se négocient entre 0,6% sur 15 ans pour les meilleurs dossiers et 1,4% sur 25 ans pour un dossier classique).


Comme le souligne l’Observatoire des Loyers de l’Agglomération Parisienne (OLAP) dans une note publiée en février 2019, l’inflation incontrôlée des prix d’acquisition de l’immobilier provient essentiellement des politiques municipales menées. L’utilisation abusive du droit de préemption urbain crée une réduction considérable du nombre de logements disponibles à la vente. A Paris, Anne Hidalgo a ainsi créé un phénomène d’étranglement du marché, la demande étant plus forte sur un marché où l’on construit très peu.


Quid de la pandémie de la Covid-19 sur le marché immobilier ? Des prix exorbitants, un resserrement des conditions de crédits, une baisse de la demande et une augmentation de l’offre. Que demander de plus pour faire exploser en plein vol le marché immobilier ? Dans un tel contexte, tous scrutent la tendance. Certains pensent que l’effet Covid-19 n’est qu’un feu de paille sur les marchés et que les prix resteront stables. Il est vrai que l’impact du virus ne se ressent pas. Les mutations actuelles ne sont que le rattrapage de ce qui auraient dû se signer pendant la période de confinement, avec les prix d’avant ledit confinement.

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